Les Siècles proposent…


BRAHMS, Ein deutsches Requiem op. 45

Les Siècles
François-Xavier Roth, direction

En 1853, Schumann, tout à l’émerveillement de sa rencontre avec Brahms, reprend la plume (qu’il n’avait pas touchée depuis quelque dix ans) pour livrer dans la Neue Zeitschrift für Musik l’article « Neue Bahnen » (« Nouvelles voies ») : « S’il plonge sa baguette magique dans le gouffre où les masses du chœur et de l’orchestre lui prêtent leur puissance, nous pouvons alors nous attendre à des aperçus plus merveilleux encore des mystères du monde des esprits ». Pour intimidante qu’elle fût, cette affirmation emplie d’une profonde foi se trouve confirmée à la face du monde en 1868, lorsque la création du Requiem (après une longue gestation, ce qui sera aussi le cas de la Première Symphonie) consacre Brahms en tant que compositeur.

Hommage à Schumann (qui lui aussi avait esquissé une partition de ce genre), hommage à la mère de Brahms morte en 1865, le Requiem porte aussi en lui les traces des partitions de musique ancienne étudiées et dirigées avec passion dans les années cinquante et soixante : Haendel pour le style choral, Bach pour la fugue et le contrepoint, mais aussi Schütz pour la peinture sonore ou l’expressivité mélodique. Nombre de caractéristiques d’écriture du baroque s’y trouvent réinterprétées, telle l’utilisation expressive de la dissonance, de l’anticipation ou de la syncope. Même les hémioles et les superpositions de rythmes si brahmsiennes ne sont pas sans rappeler cette histoire que le compositeur a si bien su faire sienne.

Plus que d’un requiem à proprement parler (donc une messe des morts catholique avec un texte en latin), il s’agit d’une ode funèbre, d’une réflexion personnelle sur le sens de la vie et de la mort, d’une « œuvre de consolation pour ceux qui souffrent » (« ein Trostwerk für die Trauernden »). Les textes en allemand, issus de l’Ancien et du Nouveau Testament, et réorganisés par Brahms, illustrent sa propre vision de la condition humaine à la manière du Musikalisches Exequien de Schütz en 1636 ou de l’Actus tragicus de Bach (1707).

Concerts

Mercredi 29 mai 2019, 20h30
Compiègne, Théâtre Impérial